L’élite mondiale du cyclisme a connu l’été dernier une petite révolution avec la première édition du Tour de France Femmes avec Zwift, qui est immédiatement devenu l’échéance structurante de la saison. Alors que l’horizon de la deuxième édition se profile, six coureuses témoignent de leur expérience de juillet dernier.
Longo Borghini : « Les Français sont de vrais amoureux du cyclisme »
La puissance de l’équipe Trek-Segafredo ne fait aucun doute, affirmée encore et encore au fil des années sur les plus grands événements du monde. Mais vous ne verrez plus ces couleurs à l’avant du peloton. L'équipe vient de changer de pavillon pour devenir Lidl-Trek, avec un maillot flamboyant dévoilé cette semaine et qui devrait s’afficher au plus haut niveau sur le Tour de France Femmes avec Zwift 2023... Mais Elisa Longo Borghini a d’autres couleurs à faire briller : la star transalpine vient de remporter deux nouveaux titres de championne d’Italie, dans la course en ligne et dans le contre-la-montre, ce qui lui permettra de porter le maillot tricolore vert, blanc et rouge à chaque étape du prochain Tour, jusqu'à la confrontation finale en Pau, l'édition 2023 se terminant par un exercice chronométré. Et Longo Borghini fait également partie des principales candidates aux maillots distinctifs du Tour… Sixième du classement général en 2022 après une course offensive (“J’ai appris à ne pas être seule dans une vallée avec un vent de face", s’amuse-t-elle), la gagnante de Paris-Roubaix Femmes avec Zwift 2022 rêve de monter sur le podium final du Tour. D’ailleurs, elle se sent "prête pour les prochains défis”… La France et le monde sont prévenus !
Elisa Longo Borghini (Lidl-Trek)
Née le 10 décembre 1991 à Verbania (Italie)
Équipes successives
Top Girls Fassa Bortolo (2011), Hitec Products (2012-2014), Wiggle Honda (2015), Wiggle High5 (2016-2018), Trek-Segafredo (2019-June 2023), Lidl-Trek (since June 2023)
Principaux résultats
- 2012 : 3e des championnats du monde et du GP de Plouay-Bretagne
- 2013 : 1e du Trofeo Alfredo Binda, 2e de La Flèche Wallonne Femmes
- 2014 : championne d’Italie du contre-la-montre, 1re du Tour de Bretagne et du Trophée d’Or, 3e de La Flèche Wallonne Femmes
- 2015 : 1e du Tour des Flandres, de La Route de France et du Giro dell’Emilia
- 2016 : championne d’Italie du contre-la-montre, 3e des Jeux Olympiques, des championnats d’Europe et du Women’s Tour, 1re du Giro dell’Emilia
- 2017 : championne d’Italie (course en ligne et c.l.m.), 1re des Strade Bianche, 2e du Giro Donne, 3e de La Course by Le Tour de France
- 2018 : 1e des Jeux méditerranéens, 3e des Strade Bianche
- 2019 : 1e de la WWT Emakumeen Bira et du Postnord UCI WWT Vargarda WestSweden TTT
- 2020 : championne d’Italie (course en ligne et c.l.m.), 2e de la Ceratizit Challenge by La Vuelta et des championnats d’Europe, 3e des championnats du Monde et du Giro Donne
- 2021 : championne d’Italie (course en ligne et c.l.m.), 1e du Trofeo Alfredo Binda et du GP de Plouay, 2e des Strade Bianche, 3e de La Flèche Wallonne Femmes, de Liège-Bastogne-Liège Femmes, de Paris-Roubaix Femmes avec Zwift et des Jeux Olympiques
- 2022 : championne d’Italie du contre-la-montre, 1e de Paris-Roubaix Femmes avec Zwift, du Women’s Tour, du Giro dell’Emilia et des Tre Valli Varesine, 2e de la Ceratizit Challenge by La Vuelta
- 2023 : championne d’Italie (course en ligne et c.l.m.), 1re de l’UAE Tour, 2e de Liège-Bastogne-Liège Femmes, 3e du Tour des Flandres et du Tour de Suisse
Signe particulier :
Elisa Longo Borghini est connue pour avoir signé quelques-unes des plus belles citations du monde du cyclisme. Elle peut être touchante - « C'est comme traverser l'enfer dantesque, et tout d'un coup vous êtes au paradis », expliquait-elle au moment de son triomphe à Roubaix - ou amusante - « la mort » est la prochaine étape après avoir mis de la salade dans le risotto. Dans tous les registres, c'est toujours un bonheur d'écouter la championne italienne.
Vous venez de terminer sur le podium du Tour de Suisse et de remporter les deux épreuves de vos championnats nationaux. Comment jugez-vous ce retour à la compétition ?
À vrai dire, je suis très heureuse de mon rebond après un printemps très difficile et une coupure bien méritée. Après Liège, je suis retombée malade, j'ai passé une semaine avec de gros problèmes d'estomac. Ensuite, je suis allé avec mon copain, Jacopo [Mosca, qui fait aussi partie de Lidl-Trek], à Sestrières pour reconstruire une base d’entraînement et accumuler les heures en altitude. Et puis je suis allée avec l'équipe à San Pellegrino, toujours en altitude. Nous étions cinq coureuses avec Broadie Chapman, Gaia Realini, Amanda Spratt et Shirin van Anrooij. J’y étais du 25 mai au 11 juin, et j’ai travaillé plus sur l'intensité, en me concentrant sur les zones hautes pour me préparer aux compétitions. Maintenant, j'ai obtenu de bons résultats et je peux être satisfaite. Cela a été un chemin difficile pour revenir à mon niveau, mais j'y suis enfin et je suis prête pour les prochains défis.
Quel est le programme d’ici au Tour ?
Le Giro est ma prochaine course. Nous aurons une équipe très forte et nous verrons dans les prochains jours ce que nous ferons, qui sera la leader, etc. Je suis prête pour les deux cas de figure, être la leader ou aider l'équipe. Ma condition est bonne, je me sens bien, donc je suis prête à faire tout ce qu’on demandera. Et sur le Tour, je vise le classement général. C'est le plus gros objectif du calendrier jusqu'à présent.
Et vous serez la première coureuse à porter le maillot de championne d'Italie sur le Tour de France Femmes avec Zwift, puisque Elisa Balsamo avait le maillot arc-en-ciel l'an dernier…
C'est vraiment important pour moi, en effet. Je pense que le tricolore est l'un des maillots de champion les plus reconnaissables et nous savons tous que les français sont de vrais amoureux du cyclisme. Ils reconnaissent la coureuse qui le tricolore, et même s'ils ne connaissent pas son nom, ils encourageront les championnes nationales. C'est une belle sensation d'avoir ce maillot et je suis vraiment heureux de le montrer à travers la France.
« Dès le début, on a senti que le Tour de France était l'événement du calendrier cycliste féminin »
Vous avez vu l'année dernière ce que cela signifiait pour Audrey Cordon Ragot de courir le Tour en tant que championne de France… Quel impact l'événement a-t-il eu sur vous et vos partenaires ?
Pour être honnête, j'aurais bien aimé ressentir ce qu'Audrey a vécu l'année dernière. Ce doit être vraiment spécial pour une Française de porter le maillot tricolore sur le Tour de France. Et pour moi, personnellement, c'était bouleversant, c'était incroyable, avec beaucoup de monde, beaucoup d'attention médiatique, et c'était un très gros événement. Dès le début, on a senti que c'était l'événement du calendrier cycliste féminin. Je pense qu'il restera longtemps dans cette position. Le Tour est le Tour, tout le monde le sait.
Vous parlez souvent de l'importance de l'équipe dans le cyclisme. Dans quel esprit voulez-vous que Lidl-Trek soit au départ du Tour ?
J'aimerais avoir une équipe qui soit vraiment motivée pour obtenir un résultat au classement général, quoi qu'il arrive, et aussi une équipe conquérante, qui aborde chaque étape avec un état d'esprit victorieux. C'est vraiment ce que j'aimerais.
« Si je suis sur le podium du Tour de France, je suis une cycliste très heureuse ! »
Avez-vous réalisé un travail spécifique pour le Tour de France Femmes avec Zwift ?
J’ai fait une reconnaissance de l'étape du Tourmalet, avec le Col d'Aspin, la descente et l'arrivée au sommet. Et puis je suis allée à Pau et on a fait le contre-la-montre, qui était très familier, car j'ai reconnu La Course de 2019 [elle a fini 6 e ]. J'étais vraiment contente de voir ces deux étapes. Elles sont vraiment importantes, le contre-la-montre peut être particulièrement crucial si vous vous battez pour un podium ou même un top 10. Vous pouvez être fatiguée ou très performante le lendemain du Tourmalet.
Vous avez été sur le podium des JO, des Mondiaux, du Giro, de Roubaix, du Trofeo Alfredo Binda… Qu'est-ce que cela signifierait d'être sur le podium du Tour ?
C'est un rêve pour moi. Si je suis sur le podium du Tour de France, je suis une cycliste très heureuse ! Ce serait l'un des résultats les plus prestigieux que je puisse avoir dans mon palmarès. Mais je sais aussi qu'il y a beaucoup d'autres filles fortes qui se battent pour le podium. Je peux donc seulement dire que j'aimerais être au Tour dans ma meilleure forme possible et me battre pour le podium. Ensuite, celle qui montera sur le podium le méritera.
Les courses sont confrontées à des défis différents… Quelle référence le Tour représente-t-il ?
Le Tour de France peut être un exemple pour toutes les autres courses par étapes du calendrier, mais il a aussi un impact très important sur le cyclisme féminin et la société. Chaque fois que vous dites que vous êtes cycliste, les gens pensent au Tour de France. Alors ils nous demandent : « Vous faites le Tour de France ? » Et on peut enfin dire : « Oui, je fais le Tour et ce sera à partir de ce jour jusqu'à ce jour »... C'est certain que ça a un impact, car le Tour de France est un événement que tout le monde connaît. J'aimerais avoir les Champs-Élysées tous les ans, parce que c'est emblématique... Mais je suis vraiment contente de ce qu'on a eu jusqu'à présent.